
Que dire au lendemain de ce qui s'est passé hier soir. J'avais prévu au départ de ne rien dire. J'ai changé d'avis. Un militant politique ne doit pas rien dire, il n'a pas le droit de ne pas avoir d'avis, il doit montrer un chemin même s'il n'est pas sur à 100% que ce n'est pas le bon. Avec quelques année de moins (militant étudiant enthousiaste et ultracritique sur la social-démocratie) j'aurais dis : « il n'y a plus rien à faire dans ce parti ». J'y serais quand même resté mais j'aurais vu dans le vote d'hier soir un basculement soudain et massif de notre parti à droite.
Avec un peu de recul, je ne le vois pas comme ça. Si je n'ai, je l'avoue, pour le moment aucune explication sur ce qui s'est passé, je sais en revanche que le mouvement des idées est quelque chose de lent, qui doit maturer, qui parfois recule et enfin se confronte à la réalité pour être validé ou non.
Il faut donc prendre du recul et regarder le temps long. Ne pas avoir la tête dans le guidon. En discutant avec mes camarades qui ont voté Ségolène Royal, je me rends compte qu'ils sont d'accord avec moi sur la plupart des sujets mais que nous n'en tirons pas la même conclusion sur ce qu'il convient de faire dans la période politique dans laquelle nous sommes. Je me rends compte finalement que la volonté de gagner l'élection de 2007 est l'argument ultime qui emporte tout sur son passage et ne permet pas dès lors que la conviction que les conditions de la victoire passent par telle personne l'a emporté, d'avoir une discussion rationnelle avec ces camarades.
Ce qui s'est passé est donc un « évènement historique » (au sens de Max Weber) pour la gauche. A ce titre, il doit être analysé comme tel et non pas comme être surexploité. Les conditions d'un évènement historiques réunies ne signifient pas que le mouvement de fond a changé. Le tsunami à la surface ne change pas les courants contradictoires dans l'océan. La question que je me pose donc légitimement est donc de savoir, ayant été à côté de la plaque au moment de l'évènement historique, arriverons nous tout de même à canaliser le courant de fond. L'importance de l'évènement historique est-il suffisant pour qu'au moment du reflue de la vague, les gens sortent la tête de l'eau. Comme dirait Lenine : que faire ?
Je ne ferais pas comme lui (les thèses d'avril où il change complètement sa position au vu de l'évènement historique qu'est la révolution de février) mais je pense tout de même que notre rôle est d'accompagner la vague pour attraper les gens noyés en chemin.
Notre rôle est de tout faire pour d'abord écraser la droite. Une victoire de la gauche serait à n'en pas douter une source de moral pour les forces sociales de ce pays qui n'attendent que l'étincelle d'espoir pour déclancher le feu de la révolte.
Tout cela est probablement du charabia mais la veilleuse allumée dans la nuit est plus importante que le projecteur en plein jour.
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