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Lula, Lionel Jospin ou François Mitterrand ? | 01 octobre 2006

Encore une fois, je vais essayer de développer mon argumentation à partir du titre ce cet article. Cela me permet d'avoir un angle d'attaque et au final de structurer ma réflexion. Le titre "Lionel Jospin ou François Mitterrand" que j'utilise ici me permet à la fois de m'adresser à un public large et à la fois de poser la question suggérée à chaque fois qu'on parle de Lula :"a-t-il trahi ?" sous entendu ses électeurs et sa base sociale ? On peut aussi supputer à partir de ce titre que je vais faire appel à la mémoire François Mitterrand comme c'est la mode en ce moment pour redorer le blason de Lula.

D'abord le cadre. Je vous rappelle qu'ont lieu au moment même ou j'écris cet article des élections générales au Brésil qui se sont transformés en référendum pour ou contre Lula. Au vu des dernières études d'opinion, il semblerait que la seule question soit de savoir s'il sera élu au premier ou au second tour (c'est une question importante pour la suite).

Lula est arrivé au pouvoir dans le pays où il y a le plus d'inégalités au monde. Un pays qui a stabilisé sa démocratie après des décennies d'instabilités et d'interventions de la junte militaire. Un pays complexe où les clivages politiques sont beaucoup plus fortement liés que chez nous à des clivages sociaux, confessionnels et surtout ethniques comme dans l'ensemble de l'Amérique latine. Nous n'avons pas le temps ici de développer l'histoire de ce pays, mais disons simplement que l'élection de Lula marque réellement l'entrée dans le jeu politique et institutionnel des masses laborieuses (ouvriers et paysans pauvres) qui constituent la base sociale du Parti des Travailleurs. Car l'originalité de la gauche brésilienne par rapport à d'autres pays latino américains réside dans le fait qu'il soit structuré autour d'une organisation de masse : le parti des travailleurs dont la constitution sociologique n'est pas en décalage (comme en Europe) avec la base sociale réelle de Lula. Le PT brésilien compte entre 600 000 et 1 000 000 d'adhérents ce qui en fait aujourd'hui le premier parti du Brésil alors qu'il y a 20 ans il était quasiment inexistant.

C'est là que le parallèle avec la gauche française des années 70 est intéressant. La gauche avant Epinay est émiettée et le Parti structurant de la gauche est le PC. Voyant l'impasse dans laquelle ils sont, les éléments les plus actifs de cette gauche non communiste (le PSU en étant l'élément le plus connu) décident après l'échec des élections de 1969 de commencer une lente recomposition de cette gauche autour d'un Parti démocratique majoritaire. Le congrès d'Epinay marque à ce titre un jour important dans cette recomposition et 10 ans plus tard, à force de travil de conviction, le Parti Socialiste arrivera au pouvoir. Comme le PS, le PT est un parti démocratique qui autorise les courants en son sein. Il permet de réunir dans une même entité politique des courants différents de la gauche et même pour le PT de l'extrême gauche trotskiste. Comme Mitterrand Lula à force d'acharnement et après 20 ans d'échecs électoraux arrive au pouvoir en ayant réussi le même pari : refonder une gauche démocratique autour d'un parti majoritaire.

Le parallèle entre les deux hommes est donc surtout vrai du point de vue de leur parcours et de leur stratégie de conquête du pouvoir. Ce qu'ils partagent avant tout c'est l'idée que le monde est dominé par des rapports de forces et qu'il est vain de vouloir négocier, la négociation est incluse dans la lutte elle même et les défaites d'une fois préparent à chaque fois les victoires de demain.

Quand à la politique sociale de Lula qui est la véritable question posée aujourd'hui. Il faut d'abord noter que les critiques les plus virulentes à cet égard ne viennent pas de la gauche mais des conservateurs en particulier de la presse conservatrice qui est très prompte à souligner les promesses non tenues de Lula. Il vaut parfois mieux ne rien faire pour ne pas avoir à trahir. Nous ne pouvons tout de même pas négligé certaines critiques justifiées. Tout d'abord, si les inégalités ont baissées, le pays demeure celui où il y a le plus d'inégalités au monde. La question est donc de savoir si Lula a "trahi" dans le sens où il ne croirait plus à un idéal socialiste où s'il n'a pas les moyens de mener exactement la politique qu'il souhaiterait. Je penche plutôt pour la deuxième solution. Il est quand même étrange qu'on s'en prenne à ce que Lula n'a pas pu faire alors qu'aujourd'hui dans une majorité de pays développés en particuliers en Europe, les marges des manœuvres politiques pour la gauche sont tellement faibles que l'idée même d'un changement et d'une redistribution paraît absurde à certains. Lula est confronté lui à des forces autrement plus puissantes que sont les manias de l'agriculture intensive et les marchés financiers dans un pays où une annonce impromptue peut provoquer une crise financière puis sociale du fait du poids important de la dette. Lula a donc fait le choix de se redonner des marges de manœuvres financières quitte à sacrifier la croissance du pays. Surtout, il a battu en brèche l'idée conservatrice qu'on ne peut pas faire de redistribution sans croissance. La redistribution sans la croissance constitue en réalité une réelle remise en cause structurelle du capitalisme dans la mesure où c'est la seule chose qui permet réellement de commencer à inverser le rapport Capital/Travail qui constitue le fondement de la lutte de classe. Lula, en bon syndicaliste l'a compris.

Quand à la comparaison, avec Lionel Jospin, elle en découle. Si le gouvernement Jospin avait décider de redistribuer les fruits de la croissance, il ne s'est pas attaqué au rapport capital/travail et surtout il a intériorisé l'idée d'abord qu'on en peut pas tout faire et puis au final qu'on ne peut rien faire. Je souhaite donc par cet article rendre hommage au seul représentant de la classe ouvrière qui soit un président en exercice et cela suffit à le rendre sympathique à mes yeux.

Publié par emirdeniz à 18:06:59 dans International | Commentaires (0) |

Sarkozy enclenche la machine à perdre. | 22 septembre 2006


Ecrit au fil de la pensée ...


Il est un peu présomptueux et peut être dangereux pour un militant socialiste de faire un titre comme celui-là, mais je voudrais tout de même donner mon opinions quand aux chances réelles de Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2007.


Premièrement, les qualificatifs les plus souvent utilisés à son égard ne sont pas très propice à gagner des voix : arrogant, manipulateur, cynique, mégalomane, dangereux ... voici quelques unes des expressions qui le caractèrisent non pas aux yeux des "bobos" ou des profs mais aux yeux de beaucoup de gens y compris des humanistes de droite. Certe, ça n'est pas une explication très politique mais on peut aussi avoir des indices sur l'opinion en fonction des termes utilisés couramment par les gens pour en parler.


Deuxièmement, Sarkozy fait une erreur fondamentale en pensant qu'il pourra mordre sur l'électorat de la gauche en utilisant le populisme de droite. Sarkozy veut faire croire aux gens que le principal problème est dans le fait que les hommes politiques manquent de courage et donc il fait de l'agitation pour faire penser que lui en a. Je pense au contraire, pour prendre l'exemple de la gauche, qu'il fallait être extrêmement courageux pour faire des réformes comme les privatisations et les baisse d'impôt, il n'y a pas là un excès de timidité mais plutôt un zèle idéologique qui nous a probablement couté un 21 avril. Le problème du courage ou de son abscence ne se pose donc pas dans ces termes. Ceux qui pensent que l'élection présidentielle se joue essentiellement sur un sentiment ou une émotion se trompent. Sans faire du matérialistisme trop caricatural, je dirais que le résultat d'une élection peut changer selon qu'on la place avant ou après le jour de la paye.


Le sondage ne mesure donc en aucun cas la réalité, il mesure selon moi l'émotion. Car l'émotion est éphémère et non déterminante dans la plupart des choix importants, la réalité elle, est préniante et anxiogène. La réalité va donc probablement rattrapé Sarkozy. Le problème du charriot à moitié plein ou à moitié vide, le problème du chômage qui baisse à moitié en faisant augmenter la précarité du double et le problème de l'impossibilité à pouvoir prévoir au delà du 15ème jour du mois. Vous allez me dire qu'un autre qui joue du registre de l'émotion fait beaucoup de voix, je pense évidement à Lepen. Je vous répondrait que précisément, en ce qui concerne son électorat ex-communiste (entre un tiers et la moitié des voix) les ressorts du Lepenismes sont sociaux et non idéologique, ils le sont pour l'autre moitié. De plus, je vous répondrait que sur ces ressorts émotionnels, un candidat ne peut au plus faire que le score maximum de Lepen c'est à dire 18%.


Enfin et c'est lié au point précédent, et il s'agit la d'une question idéologique donc culturelle, la France est profondément républicaine, beaucoup plus profondément qu'on ne le croit et pas d'un républicanisme restreint, nationaliste, mais bien l'idée que la liberté et l'égalité peuvent être un projet politique national et international. Sarkozy est donc trop américain pour gagner dans ce pays, il le pourrait certainement dans des pays de tradition anglosaxonne mais en France c'est très difficile.


Le triptique populisme (pour les pauvre)/ultralibéralisme (pour les riches)/ communautarisme (pour tout le monde) ne peut pas gagner dans un pays de tradition laïque car il devrait pour cela être porté par des courants idéologiques puissants (comme pour Bush) comme la religion ou le nationalisme qui ne sont déjà en France depuis belle lurette que des pages dans les livres d'histoire.


Enfin, qui se souvient de la dernière victoire de Nicolas Sarkozy à une élection nationale ? Personnne, car il n'y en a pas eu. La seule fois ou il a tenté il a fait 11% c'est à dire moins que Pasqua aux élections européenne de 1999. Lorsqu'il a soutenu la droite aux régionales de 2004 en faisant des meeting partout (on se souvient encore de Copé qui rajoutait la mention "avec le soutient de Nicolas Sarkozy" sur ces affiches) elle a perdu toutes les régions sauf une et lorsqu'il a fait campagne pour le Oui au référendum le non a fait 55%.


Souhaitons donc qu'une fois de plus le triptique liberté/égalité/socialisme l'emporte face à la supercherie.

Publié par emirdeniz à 00:00:45 dans France | Commentaires (0) |

La question turque | 30 juin 2006

Quoi qu'on en pense et quelle image qu'on ai de moi (je parle aux lecteurs qui me connaissent), il est rare que je parle de la Turquie "en public", il est même encore plus rare que je parle des rapports entre la Turquie te l'Union Européenne. Tout juste certains auront ils remarqué mon irritabilité sur certaines questions liées à cette partie de l'Europe. Je profite donc de cette tribune que m'offre Internet pour en parler. Sans doute ai je peur d'être catalogué ou encore suis je vacciné contre les lobbies qui qu'on en dise existent partout même de manière inconsciente et non organisée.
Je vais donc essayer de vous livrer ma vision de cette question en prenant un angle historique qui je l'espère ne seront pas interprétés comme des tentatives de détourner le sujet et qui ne sera pas rebutant pour le lecteur.
Je dis la question turque parce c'est comme ça qu'il faut, je pense, l'appeler. J'utilise le terme de question par analogie avec les "questions" dont on parle au sujet de certains pays. Ici question signifie problème (1). Problème pour ceux qui utilisent ce terme ; soit qu'ils essayent de résoudre le problème, soit qu'ils considèrent qu'il est insoluble. On dit ainsi la "question kurde", la "question palestinienne", la "question des balkans" ou encore la "question européenne". On ne dit plus la "question israélienne" ou la "question américaine" et on a sans doute jamais dit la "question française" ou alors seulement entre officiers du Reich entre 1940 et 1944. L'objectif d'un peuple doit donc être de cesser d'être une question pour être une évidence.
Alors pourquoi la Turquie est elle encore une question ? Est-ce simplement lié à "la question européenne" ou bien est-ce que le problème remonte à plus loin? Je vais tenter de donner quelques esquisses sur ces sujets.
Naissance dans la douleur
La Turquie est née des cendres de la 1ère guerre mondiale, la "Grande Guerre". Le moins que l'on puisse dire c'est que c'est une République fondée sur une époque particulière et d'une manière particulière. L'Empire Ottoman a décliné entre le 17ème siècle et le 20ème siècle. Il est rare qu'un empire décline aussi longtemps. La Turquie a vécu la période de la révolution industrielle comme une humiliation face à la civilisation qu'elle avait fondée et va se lancer dès les années 1830 à une course effrénée au ravalement de façade. Alors qu'en Europe des mouvements populaires se créent pour dénoncer le despotisme et l'absolutisme des rois. En Turquie ce sont les princes et les militaires qui vont être les éléments les plus libéraux. L'élément militaire n'est pas neutre dans la situation actuelle de la Turquie. Les palais et les cours vont se moderniser, on va mélanger l'art ottoman à l'art européen et Istanbul deviendra bientôt la seule capitale "libérale" dirigée par un tyran. La fin du 19è siècle et le début du 20è vont accélérer les choses. Les jeunes turcs des Comités Union et Progrès (C.U.P) organisés à l'intérieur de l'armée vont provoquer des insurrections et vont se rallier une partie de l'armée largement gagnée aux idées jeunes turques. Ainsi, ils arriverons au pouvoir une première fois en 1908, rétablirons la constitution puis reperdrons le pouvoir au profit des "vieux turcs" et des monarchistes pour le reprendre en 1909. Dans la mythologie jeune turque tout, absolument tout procède de l'analogie avec la révolution française et c'est peut être sur cet amalgame, ce mal entendu qui pose des problème aujourd'hui. Ainsi, ils adorerons Robespierre, parlerons français entre eux, inventerons une version turque de la marseillaise, et plus étonnant encore la devise de la nouvelle Turquie de 1909 sera "Liberté, Egalité, Fraternité". On a vu dans beaucoup de révolution nationale, ou de mouvements de décolonisation des processus de mystification par rapport à la révolution française ou même à la "révolution" jeune turque mais jamais l'accaparement et l'appropriation n'ira aussi loin. Pour les CUP, leur révolution ne ressemble pas à la révolution française, elle l'est. Le problème est qu'elle ne l'est que pour eux. La population, largement analphabète ou lorsqu'elle parle une langue c'est le turc (qui n'est qu'un dialecte de paysans), langue largement méprisée par la haute société ottomane jusqu'à la fin du 19è siècle qui parle ottoman, français, perse ou arabe même si ces deux dernière occupent une place marginale dès le 18è siècle.
Le problème des jeunes turcs est très complexe mais on peut considérer avec beaucoup de recul qu'ils sont véritablement subjugués par les idées des lumières en particulier par Rousseau dont les livres deviendront leurs livres de chevet. Ils ne sont pas très nombreux, sortent à peu près tous des mêmes écoles (les lycées militaires d'Istanbul ou de Salonique ou le lycée Galatasaray). La révolution jeune turque n'est pas la révolution française, on dirait aujourd'hui qu'ils ont fait un coup d'état. Ce que font les jeunes turcs ressemble en effet beaucoup plus à la révolution bolchevique. Elle se déroule dans un pays arriéré, ou il n'y a pas de bourgeoisie nationale ou très peu. Il y a certes déjà des intellectuels turcs mais l'essentiel de ce mouvement procède d'une réaction interne à l'armée qui se voit comme porteuse d'une mission, celui d'amener la civilisation et la modernité.
La dérive
Le problème est que ce sont ces même jeunes turcs, qui ont l'air si sympathiques du point de vue de leurs valeurs vont perpétrer les pires crimes contre l'humanité jamais perpétrés jusqu'à cette époque, même pas par Bonaparte (2). Les jeunes turcs ont besoin que l'imitation soit plus réelle que la vrai révolution française. Ils ont besoin d'un état national, uni et fort. Ils y apporteront en plus une touche militaire toujours assumée. Or, l'empire ottoman est tout sauf un état national et le mouvement nationaliste ottoman est très faible (certains croyaient à une nation ottomane, pluriethnique mais égalitaire, ils ont perdu). Il faut donc pour les jeunes turcs au pouvoir à Istanbul remédier à ce problème. L'épisode de l'année 1915 et le massacre de dizaines de milliers de citoyens ottomans arméniens leur en laisseront la possibilité (3).
C'est seulement en 1915 à la bataille de Gallipoli que le peuple entre dans la révolution par l'intermédiaire de la résistance à l'occupant européen (4) pendant et après la grande guerre. On oublie souvent que la 1ère guerre mondiale ne s'est pas terminée en 1918 puisque la guerre continuait à l'intérieur des pays comme en Russie, en Turquie ou même en Allemagne. Cette guerre contre les puissances européennes a permis de politiser massivement la population paysanne de Turquie qui n'avait que très peu conscience jusque là de la situation politique de leur pays. Cette guerre qu'on appelle "Istiklal savasi" ou guerre de l'indépendance est négligée lorsqu'on parle de l'histoire de la Turquie, c'est en réalité un évènement majeur. C'est là que va réellement naître la nation turque dans l'opposition avec l'Europe. Or, les dirigeants éclairés de l'armée étaient déjà tous des nationalistes et l'union de ce peuple et de la frange radicale du nationalisme (5) turc (incarnée par Mustafa Kemal et les quelques officiers qui n'ont pas été discrédités par leur lâcheté pendant la guerre) naîtra un mouvement populaire qui ne cessera d'être l'avant garde et l'élite politique de la Turquie jusqu'au lendemain de la seconde guerre mondiale.
La deuxième révolution turque
C'est à ce moment que commence la deuxième révolution turque, en profondeur, par la force, la violence symbolique et l'idéologie (6). Si le support idéologique semble identique à celui des CUP, la différence est que Mustafa Kemal ne veut pas faire la révolution française à la turque, il veut faire la révolution turque. Je ne rappellerais pas tous les exemples de cette révolution qui durera 15 ans : abolition du Califat, abandon de l'alphabet arabe au profit de l'alphabet latin, obligation de port du chapeau pour les hommes, assassinat de centaines d'Imams, prières en turc au lieu de l'arabe, laïcité inscrite dans la constitution, droit de vote au femme en 1933 mais aussi toute la révolution économique (7) et culturelle. L'histoire officielle même doit obéir aux strictes règles du Kemalisme (8).
La guerre continue
Je ne développerais pas davantage la partie consacrée à l'histoire de la Turquie moderne, de très bons ouvrages en parlent mais il me semblait nécessaire de faire un détour par cette période particulière pour comprendre la Turquie actuelle. La Turquie est donc un problème. Elle n'était pas censée exister sous sa forme actuelle, aurait du soit être dépecée entre les différentes ethnies qui la compose pour finir comme les régimes du moyen orient. Elle n'aurait jamais du faire une révolution, elle n'aurait jamais du vouloir être européenne (9). Elle est donc un problème car lorsque l'Europe parle à la Turquie, on ne parle pas la même langue et à travers ce dialogue de sourd résonne encore les cris de la Grande Guerre. Lorsque le gouvernement Erdogan parle à l'Europe, il veut dire libérez nous de l'armée pour que nous puissions revenir à notre vision de la Turquie. Lorsque l'armée parle à la population turque, elle lui dit fait attention à ton gouvernement ce sont des traîtres qui vont vendre le pays à l'étranger. Et ces deux paroles raisonnent toutes deux dans la tête du turc moyen. Nous sommes dans une double légitimité permanente, celle des gardiens de la révolution kémaliste qui ont raison de dire qu'ils sont les héritier de Mustafa Kemal (10) et de défendre la République comme ils le font et celle du gouvernement conservateur qui représente la majorité paysanne. La Turquie doit elle donc trancher cette contradiction, peut elle le faire sans violence, est elle capable de regarder son histoire en face sans remettre en cause l'essentiel de son model ? Rien n'est moins sur.
La situation d'aujourd'hui est en revanche plus simple que celle d'hier car les deux acteurs politique majeurs que sont l'armée et les masses paysannes conservatrices sont toutes deux d'accord sur un certain model à la fois libéral au sens moderne (c'est à dire néolibérale) et du côté d'un pouvoir fort. En revanche, beaucoup de choses les séparent encore. La religion en premier lieu puisque ces masses sont croyantes (même si la pratique est très inégalement répartie) alors que l'armée, pour ne pas ouvrir une guerre religieuse cache son athéisme évident derrière une laïcité radicale.
La Turquie est donc un problème, elle ne rentre pas dans les cases, elle n'a pas fait sa psychanalyse. Je ne prétends pas ici la faire, j'essaye simplement de faire comprendre que la synthèse est compliquée. La France a connu une telle situation mais elle a eu tout le loisir de le régler en deux siècles où le problème ne se posait pas de la même manière puisque les acteurs politiques avaient un pouvoir quasi absolu sur l'Etat nation. La Turquie pourrait elle alors entrer dans l'union européenne et doit elle le faire alors qu'elle n'a pas réglé son problème ? Je pense non seulement qu'elle doit le faire mais que c'est la seule solution pour que la Turquie conserve son model original. Je me place cette fois ci non plus dans la position du simple analyste mais de celui qui a choisi son camp, celui de Mustafa Kemal. La Turquie doit entrer dans l'Union européenne car c'est l'orientation qu'elle a prise il y a un siècle, quitter les ténèbres pour aller vers la lumière. Sortir du moyen orient, dessiner les nouvelles cartes de l'Europe de demain pluriculturelle, républicaine et laïque. Je sais bien qu'aujourd'hui ce que je dis est illusoire mais je vais terminer ce texte par une traduction personnelle d'un discours à la jeunesse de Mustafa Kemal qui me rend optimiste :
La jeunesse turque est propriétaire et gardienne de la révolution et de la République. C'est elle qui a le plus cru en ses valeurs et en leur justesse. Elle a accepté le nouveau régime et les révolutions. S'il voit la moindre chose qui peut remettre en cause cela il ne dira pas : "ce pays a une police, une armée, une gendarmerie, un système judiciaire, on ne peut rien faire". Il prendra à la main une pierre, un bâton, une arme quoi qu'il trouve pour défendre sa république et sa révolution [...]. (11)
Mustafa Kemal Atatürk
Bursa, 5 Février 1933
Türk Genci, devrimlerin ve cumhuriyetin sahibi ve bekçisidir. Bunların gereğine, doğruluğuna herkesten çok inanmıştır. Yönetim biçimini ve devrimleri benimsemiştir. Bunları güçsüz düşürecek en küçük ya da en büyük bir kıpırtı ve bir davranış duydu mu, "Bu ülkenin polisi vardır, jandarması vardır, ordusu vardır, adalet örgütü vardır" demeyecektir. Elle, taşla, sopa ve silahla; nesi varsa onunla kendi yapıtını koruyacaktır.Mustafa Kemal Atatürk
Bursa, 5
Şubat 1933
(1) Les turcs sont plus clairs de ce point de vue là puisqu'on parle en turc de "Kürt sorunu" qui signifie problème kurde
(2) Qui a d'ailleurs massacré aussi au nom de la révolution française mais la comparaison avec les jeunes turcs s'arrête là
(3) Car n'oublions pas que le massacre des arménien n'est pas un acte de guerre, il ne peut pas l'être. Tous les arméniens qui ont été tués étaient des citoyens ottomans, il s'agit donc d'une guerre civile entre les citoyens d'un même pays ou l'un dispose de tous les pouvoirs militaires.
(4) Le Turquie est alors occupée au sud par les français, à l'ouest par les grecs, les arméniens créent une éphémère République arménienne à l'est, Istanbul est occupée par plusieurs armée européenne, l'armée officielle est défaite et ses dirigeants son en exil et l'ancien sultan est rétabli sur le trône.
(5) Prendre le terme nationalisme comme on l'entend aujourd'hui serait un anachronisme
(6) Cette vision n'est pas négative, il ne s'agit pas de comparer le Kemalisme au Stalinisme
(7) (on parle des deux phases du Kemalisme, la phase libérale sur le plan économique (congrès d'Izmir de 1925) puis de la phase planificatrice voire communisante (dès les années 1927 passage à une économie planifiée)
(8) Le congrès des historiens de 1930 établira que les turcs descendent des hittites qui sont un peuple indo européen et anatolien alors que le turc est en réalité une langue altaïque et asiatique.
(9) Ici le terme européenne renvoi à la France
(10) En réalité ils sont aussi héritier des Comité Union et Progrès
(11) Traduction personnelle donc approximative
 

 

Publié par emirdeniz à 00:54:42 dans Europe | Commentaires (1) |

Vrai fausse alerte, fausse vrai information et nucléaire | 20 juin 2006

En écoutant la radio ce matin, une information m'est parvenue sans que j'y prête réellement attention. Selon cette information, il y aurait des taux de radioactivité anormalement élevé en Lorraine sans qu'on en connaisse l'origine. N'y prêtant pas attention, je me suis rendu comme tous les jours au Conseil Régional. En appelant un camarade de l'UNEF vers midi, quel ne fut pas ma surprise lorsque j'appris que les étudiants étaient "confinés" comme des poulets à la BU. Outre le fait que cette mesure sans aucune autre n'a probablement aucune efficacité, ce qui semble être un "bug" isolé peut tout de même être instructif sur la manière dont nous gérons cette énergie hyper dangereuse qu'est l'énergie nucléaire. La dépêche AFP qui a suivi a permit de me rassurer, de rassurer les étudiants et surtout les parents des centaines d'élèves de Lorraine qui étaient eux aussi "confinés dans leurs salle de classe". Il s'agissait vraisemblablement soit d'une exercice mal préparé soit encore d'un canular de quelques futurs bacheliers mal intentionnés.

 

Cependant, il faut tirer de cette affaire comme des multiples "accidents de niveau x" qui se passent chaque année dans notre centrale de Cattenom les enseignement nécessaire afin de permettre à la population d'être rassurée sinon la suspicion sera permanente qu'elle soit fondée ou non.

 

Pourquoi ne pas permettre à des citoyens d'entrer dans les comités de sécurités des centrales nucléaires en leur faisant signer des chartes en ce qui concerne la sécurité industrielle. Pourquoi EDF ne publie-t-elle pas des document grand public expliquant les multiples mesures de sécurités qui sont prises ? Pourquoi l'Etat n'est il pas mobilisé pour expliquer aux citoyens le fonctionnement de notre système d'urgence pour permettre à la population d'être prête en cas de véritable danger ? Toutes ces questions n'ont pas de réponse ! Alors tous les fantasmes sont permis. On peut ainsi inventer de multiples scénarios de complots entre EDF et l'Etat pour cacher la vérité aux citoyens sur les risques nucléaires et le fait de ne pas être transparent à 100% suffit à légitimer de mon point de vue la paranoïa. La peur est quelque chose de grave, les gens veulent se protéger et protéger leurs enfants, on ne peut pas jouer avec cela. Lorsqu'on a peur on a tous tendance à se replier sur soit même et à voir un danger partout même lorsqu'il n'y en a pas. De plus, et entre parenthèse on sait que la consommation d'anxiolytiques a quintuplé ces dernières années. La sécu aussi réclame la transparence nucléaire.

 

 

Publié par emirdeniz à 14:38:25 dans Divers | Commentaires (0) |

Yougoslavie : la fin d'un mythe | 22 mai 2006

En annonçant qu'elle ne reconnaîtrait les résultats du référendum sur l'indépendance qu'en cas de victoire claire et en sous entendant que l'UE pourrais discuter avec le Monténégro avant de discuter avec la Serbie, l'Union Européenne a favorisé la victoire du oui au référendum sur l’indépendance du Monténégro. D'ailleurs la plupart des éditorialistes considèrent aujourd'hui que c'est une bonne chose que le Monténégro se sépare de la Serbie, comme ce serait une bonne chose que le Kosovo soit indépendant. C'est regarder le problème par le petit bout de la lorgnette.
Cette politique qui pousse à l'éclatement d'ensemble régionaux cohérents ne pourra évidement que créer de nouveaux problèmes dans cette région de l'Europe qui en connaît  déjà tellement. C'est donc le sixième état qui est né avec ce référendum dans une région plus petite que la France après la Croatie, la Slovénie, la Macédoine, la Bosnie (elle-même séparée en deux), la "Yougoslavie maintenue" (bientôt séparée en trois). Ce processus d'éclatement a sans doute des causes endogènes, le nationalisme exacerbé dans chacune des communauté, l'absence de projet politique mobilisateur après le communisme, mais nous ne pouvons pas sous estimer ces causes exogènes que sont la lutte d'influence que se livrent les puissances environnantes (notamment la Turquie pour les populations musulmanes ou turcophones), les grands pays européens ainsi que les Etats Unis et la Russie depuis des siècles. C'est l'Allemagne qui a ouvert le bal en 1991 avec la reconnaissance de la Croatie comme un Etat souverain sans que la communauté internationale ne soit consultée à ce sujet. Les autres ont suivi.
Nous ne pouvons, en tant que progressistes que dénoncer cette volonté de faire éclater cette fédération qui portait en elle un rêve et qui au fond a fonctionné bon gré mal gré pendant près d'un siècle et même plus si on considère l'autonomie des provinces yougoslaves sous l'empire ottoman. Ce rêve, c'est au fond le rêve européen de voir vivre à l'intérieur d'un même espace politique des gens de langue, de religion, et parfois de culture différente. Contrairement à l'URSS Stalinienne qui posait clairement l'URSS comme un Etat russe en exacerbant la culture slave, la Yougoslavie de Tito au contraire faisait attention de ne pas mettre une culture au dessus d'une autre et s'adressait aux citoyens yougoslaves en tant que sujet politiques et pas en tant que descendant d'on ne sait quel peuple.
La fin du mythe yougoslave marque donc avec elle aussi et malheureusement la fin d'une certaine idée de l'Europe et au lieu de libérer les peuples, les renfermes dans ce qu'ils ont de plus mauvais en eux, le nationalisme, c'est à dire les futures guerres européennes.

 

Publié par emirdeniz à 12:06:40 dans Europe | Commentaires (1) |

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