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Présentation

Je m'apelle Emir Deniz. J'ai 28 ans, je suis conseiller de Jean Pierre Masseret au Conseil Régional de Lorraine. J'ai travaillé pendant 2 ans comme assistant d'Henri Emmanuelli à l'assemblée nationale. Politiquement, je suis membre du Parti Socialiste. J'ai également été membre du Bureau National et du Secrétariat National du MJS chargé de l'éducation. J'ai également milité pendant de longues années à l'UNEF, années qui restent les plus belles pour moi ...

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Au Non du peuple, la démocratie en danger | 07 novembre 2007

Le Parti Socialiste a pris une position hier au bureau national qui à mes yeux va à l'encontre non seulement du vote des français du 29 mai mais encore plus simplement de la démocratie. Benoît Hamon a démissionné, c'est tout à son honneur. Il n'aurait pas pu continuer de défendre une position contraire au consensus qu'on lui a demandé de trouver par ailleurs.

Le refus du débat sur la méthode

Le premier point de cette décision dont il faut discuter est bien le refus du Parti Socialiste d'entrer dans le débat sur le mode de ratification du nouveau traité. En effet, François Hollande explique que le mode de ratification est en réalité secondaire et qu'il s'agit uniquement de donner une opinion sur le fond du projet tout en regrettant officiellement qu'il n'y ait pas eu de référendum. J'ai peine à croire que le premier parti de la gauche se désintéresse de savoir si sur un point aussi essentiel, il faut consulter le peuple ou non. En réalité, on le voit une fois de plus, certains au Parti Socialiste, tout comme l'UMP et d'autres ont peur du peuple. Ils sont effrayés à l'idée que celui-ci pourrait à nouveau prendre ce texte, le décortiquer et éventuellement voter contre. C'est dire qu'ils ne croient pas réellement à leur propre capacité à convaincre ce peuple.

Ce qui a été fait par le peuple ne peut être défait que par le peuple.

Cette appréhension vis-à-vis du peuple est en effet problématique. Un parti qui a peur du peuple ne pas prétendre gouverner ou diriger. Or, le Parti Socialiste, derrière ces appréhension montre la réalité du décalage entre ses positions et celles du peuple français et au lieu de se poser la question de pourquoi le peuple est contre se pose la question de comment éviter le peuple. L'anti-populisme de certains est en réalité une marque de mépris qui a un arrière goût d'ancien régime.

Ce qu'il aurait fallu faire

Si ma position personnelle eut été le non au nouveau traité qui n'est qu'une pâle copie du précédent, la seule position cohérente et unitaire aurait été le refus de vote au nom du peuple. Cette position n'empêchait en effet nullement les partisans du oui d'être pour le oui et ceux du non d'être pour le non, mais elle aurait eu le mérite d'être cohérente avec la position de la candidate pendant les présidentielles et celle du PS à savoir la demande du référendum.

Publié par emirdeniz à 10:30:39 dans Europe | Commentaires (1) |

Le blairisme peut-il être de gauche ? | 27 juin 2007

L'actualité est aujourd'hui marquée par une fin de règne étrange. Un mélange de nostalgie et d'amertume a du prendre à la gorge le travailliste lambda dans son quartier populaire de Manchester ou de Liverpool. Celui qui a fait gagner la gauche est aussi celui qui a signé pour un temps long l'abandon de la valeur cardinale du socialisme : l'égalité.

 

N'en déplaise aux apôtres français du blairisme, la période Blair du Labour (maintenant new labour) signifie une rupture fondamentale avec les idéaux socialistes qui ont été les siens. Le new labour d'aujourd'hui ne se réclame d'aucune catégorie sociale, il a réussi à mettre à plat son lien organique avec les syndicats qui l'avaient fondé. Il n'est aujourd'hui la représentation sociale d'aucune catégorie en particulier mais plutôt l'incarnation du parti socialiste postmoderne pour qui la nouvelle « british way of life » fait office de paradigme idéologique.

 

Les tenants du blairisme trouveront toujours de quoi montrer que Blair était plus à gauche que Thatcher mais quel intérêt. Est-ce cela que les ouvriers abandonnés à leurs sorts, les misérables qui se multiplient et qui sont aujourd'hui misérable depuis plusieurs génération attendaient du parti censé les défendre ? Ou encore, la jeunesse britannique a-t-elle encore quelque chose à attendre d'un gouvernement qui a passé les frais d'inscription de rien à 4500 £ dans les universités et qui a placé 4,5 millions de caméra dans le pays pour surveiller les faits et gestes de ses administrés ?

 

Il faut se demander pourquoi la majorité des admirateurs de Tony sont du côté droit de l'échiquier politique et pas seulement en France (où la gauche serait archaïque). N'avoir pas réussi à mettre en place un système de santé qui soigne, un système éducatif qui éduque, un système de redistribution qui redistribue les milliards de la city en 10 ans de pouvoir est sans conteste un échec pour un gouvernement qui se veut de gauche. Alors, il y a une autre explication, ce gouvernement est peut-être tout simplement de droite et alors c'est une escroquerie. 

Publié par emirdeniz à 21:10:37 dans Europe | Commentaires (0) |

La Belgique au bord du gouffre. | 10 octobre 2006

On n'en a pas tant parlé que ça de ces élections. Comme si une extrême droite à 30% et au-delà était devenu quelque chose de normal, de banal voire d'accepté dans notre vieille Europe. On n'en a pas parlé non plus parce que les résultats de cette élection sont un leurre puisqu'on pensait que l'extrême droite allait prendre la ville d'Anvers et qu'elle ne l'a pas prise.

En réalité, l'extrême droite progresse partout, et si comme le dit le leader du Vlaams Belang les étrangers n'avaient pas eu pour la première fois le droit de voter, le résultat aurait pu être tout autre. L'extrême droite progresse surtout dans les villes petites et moyennes, là où les rapports de forces politiques sont plus figés qu'en ville, là où on ne se remet pas en quelques années d'une extrême droite aussi élevée. Il ne faut donc pas se fier aux résultats d'Anvers ou de quelques grosses ville pour minimiser la victoire importante de l'extrême droite à ses élections.

Cette situation a été celle de la France en 2001 où les victoires de Paris et de Lyon ont caché les défaites dans les zones traditionnellement de gauche au moins sociologiquement et l'hésitation des masses entre un repli conservateur voire populiste, une gauche sociale-libérale, et le plus souvent l'abstention.

La première des responsabilités en revient à la sociale démocratie qui n'a aucune réponse à apporter aux victimes de la mondialisation libérale qui se tournent vers l'extrême droite. La seconde est celle des médias. Hier encore, lors d'un reportage sur Euronews sur ces élections, l'image principale du reportage était des jeunes filles voilée marchant dans la rue comme c'est souvent le cas dans les reportages sur l'immigration. Sauf que là c'était un reportage sur la Belgique. Ce clin d'œil inconscient aux électeurs du Vlaams Belang fait parfois basculer un citoyen Lambda du « côté obscur de la force » en tout cas il y contribue. En quoi, une jeune fille portant le voile peut elle représenter une élections municipale en Belgique. Et, s'il s'agissait d'illustrer l'immigration, il aurait fallu dire dans les commentaires que le problème de l'immigration avait été un thème de campagne au minimum, et même avec cela pourquoi renvoi t on toujours l'immigrer à une religion ? La jeune femme sur les images était probablement une citoyenne belge depuis plusieurs générations.

Je ne souhaite pas mélanger dans cet article la question de l'unité belge qui nécessiterait un autre article, mais tout de même. La aussi, la Belgique est en train de vivre, presque dans le silence la fin de cette unité. Même nos camarades socialistes s'y mette à coup de commentaires du genre « les flamand ceci ou les flamands cela ... ». Bref, la Belgique est comme capitale de l'Europe, à l'image de celle-ci : touché de plein fouet par la mondialisation et ne trouvant comme seule réponse que celle inscrite dans sa mémoire.

Publié par emirdeniz à 10:18:09 dans Europe | Commentaires (0) |

La question turque | 30 juin 2006

Quoi qu'on en pense et quelle image qu'on ai de moi (je parle aux lecteurs qui me connaissent), il est rare que je parle de la Turquie "en public", il est même encore plus rare que je parle des rapports entre la Turquie te l'Union Européenne. Tout juste certains auront ils remarqué mon irritabilité sur certaines questions liées à cette partie de l'Europe. Je profite donc de cette tribune que m'offre Internet pour en parler. Sans doute ai je peur d'être catalogué ou encore suis je vacciné contre les lobbies qui qu'on en dise existent partout même de manière inconsciente et non organisée.
Je vais donc essayer de vous livrer ma vision de cette question en prenant un angle historique qui je l'espère ne seront pas interprétés comme des tentatives de détourner le sujet et qui ne sera pas rebutant pour le lecteur.
Je dis la question turque parce c'est comme ça qu'il faut, je pense, l'appeler. J'utilise le terme de question par analogie avec les "questions" dont on parle au sujet de certains pays. Ici question signifie problème (1). Problème pour ceux qui utilisent ce terme ; soit qu'ils essayent de résoudre le problème, soit qu'ils considèrent qu'il est insoluble. On dit ainsi la "question kurde", la "question palestinienne", la "question des balkans" ou encore la "question européenne". On ne dit plus la "question israélienne" ou la "question américaine" et on a sans doute jamais dit la "question française" ou alors seulement entre officiers du Reich entre 1940 et 1944. L'objectif d'un peuple doit donc être de cesser d'être une question pour être une évidence.
Alors pourquoi la Turquie est elle encore une question ? Est-ce simplement lié à "la question européenne" ou bien est-ce que le problème remonte à plus loin? Je vais tenter de donner quelques esquisses sur ces sujets.
Naissance dans la douleur
La Turquie est née des cendres de la 1ère guerre mondiale, la "Grande Guerre". Le moins que l'on puisse dire c'est que c'est une République fondée sur une époque particulière et d'une manière particulière. L'Empire Ottoman a décliné entre le 17ème siècle et le 20ème siècle. Il est rare qu'un empire décline aussi longtemps. La Turquie a vécu la période de la révolution industrielle comme une humiliation face à la civilisation qu'elle avait fondée et va se lancer dès les années 1830 à une course effrénée au ravalement de façade. Alors qu'en Europe des mouvements populaires se créent pour dénoncer le despotisme et l'absolutisme des rois. En Turquie ce sont les princes et les militaires qui vont être les éléments les plus libéraux. L'élément militaire n'est pas neutre dans la situation actuelle de la Turquie. Les palais et les cours vont se moderniser, on va mélanger l'art ottoman à l'art européen et Istanbul deviendra bientôt la seule capitale "libérale" dirigée par un tyran. La fin du 19è siècle et le début du 20è vont accélérer les choses. Les jeunes turcs des Comités Union et Progrès (C.U.P) organisés à l'intérieur de l'armée vont provoquer des insurrections et vont se rallier une partie de l'armée largement gagnée aux idées jeunes turques. Ainsi, ils arriverons au pouvoir une première fois en 1908, rétablirons la constitution puis reperdrons le pouvoir au profit des "vieux turcs" et des monarchistes pour le reprendre en 1909. Dans la mythologie jeune turque tout, absolument tout procède de l'analogie avec la révolution française et c'est peut être sur cet amalgame, ce mal entendu qui pose des problème aujourd'hui. Ainsi, ils adorerons Robespierre, parlerons français entre eux, inventerons une version turque de la marseillaise, et plus étonnant encore la devise de la nouvelle Turquie de 1909 sera "Liberté, Egalité, Fraternité". On a vu dans beaucoup de révolution nationale, ou de mouvements de décolonisation des processus de mystification par rapport à la révolution française ou même à la "révolution" jeune turque mais jamais l'accaparement et l'appropriation n'ira aussi loin. Pour les CUP, leur révolution ne ressemble pas à la révolution française, elle l'est. Le problème est qu'elle ne l'est que pour eux. La population, largement analphabète ou lorsqu'elle parle une langue c'est le turc (qui n'est qu'un dialecte de paysans), langue largement méprisée par la haute société ottomane jusqu'à la fin du 19è siècle qui parle ottoman, français, perse ou arabe même si ces deux dernière occupent une place marginale dès le 18è siècle.
Le problème des jeunes turcs est très complexe mais on peut considérer avec beaucoup de recul qu'ils sont véritablement subjugués par les idées des lumières en particulier par Rousseau dont les livres deviendront leurs livres de chevet. Ils ne sont pas très nombreux, sortent à peu près tous des mêmes écoles (les lycées militaires d'Istanbul ou de Salonique ou le lycée Galatasaray). La révolution jeune turque n'est pas la révolution française, on dirait aujourd'hui qu'ils ont fait un coup d'état. Ce que font les jeunes turcs ressemble en effet beaucoup plus à la révolution bolchevique. Elle se déroule dans un pays arriéré, ou il n'y a pas de bourgeoisie nationale ou très peu. Il y a certes déjà des intellectuels turcs mais l'essentiel de ce mouvement procède d'une réaction interne à l'armée qui se voit comme porteuse d'une mission, celui d'amener la civilisation et la modernité.
La dérive
Le problème est que ce sont ces même jeunes turcs, qui ont l'air si sympathiques du point de vue de leurs valeurs vont perpétrer les pires crimes contre l'humanité jamais perpétrés jusqu'à cette époque, même pas par Bonaparte (2). Les jeunes turcs ont besoin que l'imitation soit plus réelle que la vrai révolution française. Ils ont besoin d'un état national, uni et fort. Ils y apporteront en plus une touche militaire toujours assumée. Or, l'empire ottoman est tout sauf un état national et le mouvement nationaliste ottoman est très faible (certains croyaient à une nation ottomane, pluriethnique mais égalitaire, ils ont perdu). Il faut donc pour les jeunes turcs au pouvoir à Istanbul remédier à ce problème. L'épisode de l'année 1915 et le massacre de dizaines de milliers de citoyens ottomans arméniens leur en laisseront la possibilité (3).
C'est seulement en 1915 à la bataille de Gallipoli que le peuple entre dans la révolution par l'intermédiaire de la résistance à l'occupant européen (4) pendant et après la grande guerre. On oublie souvent que la 1ère guerre mondiale ne s'est pas terminée en 1918 puisque la guerre continuait à l'intérieur des pays comme en Russie, en Turquie ou même en Allemagne. Cette guerre contre les puissances européennes a permis de politiser massivement la population paysanne de Turquie qui n'avait que très peu conscience jusque là de la situation politique de leur pays. Cette guerre qu'on appelle "Istiklal savasi" ou guerre de l'indépendance est négligée lorsqu'on parle de l'histoire de la Turquie, c'est en réalité un évènement majeur. C'est là que va réellement naître la nation turque dans l'opposition avec l'Europe. Or, les dirigeants éclairés de l'armée étaient déjà tous des nationalistes et l'union de ce peuple et de la frange radicale du nationalisme (5) turc (incarnée par Mustafa Kemal et les quelques officiers qui n'ont pas été discrédités par leur lâcheté pendant la guerre) naîtra un mouvement populaire qui ne cessera d'être l'avant garde et l'élite politique de la Turquie jusqu'au lendemain de la seconde guerre mondiale.
La deuxième révolution turque
C'est à ce moment que commence la deuxième révolution turque, en profondeur, par la force, la violence symbolique et l'idéologie (6). Si le support idéologique semble identique à celui des CUP, la différence est que Mustafa Kemal ne veut pas faire la révolution française à la turque, il veut faire la révolution turque. Je ne rappellerais pas tous les exemples de cette révolution qui durera 15 ans : abolition du Califat, abandon de l'alphabet arabe au profit de l'alphabet latin, obligation de port du chapeau pour les hommes, assassinat de centaines d'Imams, prières en turc au lieu de l'arabe, laïcité inscrite dans la constitution, droit de vote au femme en 1933 mais aussi toute la révolution économique (7) et culturelle. L'histoire officielle même doit obéir aux strictes règles du Kemalisme (8).
La guerre continue
Je ne développerais pas davantage la partie consacrée à l'histoire de la Turquie moderne, de très bons ouvrages en parlent mais il me semblait nécessaire de faire un détour par cette période particulière pour comprendre la Turquie actuelle. La Turquie est donc un problème. Elle n'était pas censée exister sous sa forme actuelle, aurait du soit être dépecée entre les différentes ethnies qui la compose pour finir comme les régimes du moyen orient. Elle n'aurait jamais du faire une révolution, elle n'aurait jamais du vouloir être européenne (9). Elle est donc un problème car lorsque l'Europe parle à la Turquie, on ne parle pas la même langue et à travers ce dialogue de sourd résonne encore les cris de la Grande Guerre. Lorsque le gouvernement Erdogan parle à l'Europe, il veut dire libérez nous de l'armée pour que nous puissions revenir à notre vision de la Turquie. Lorsque l'armée parle à la population turque, elle lui dit fait attention à ton gouvernement ce sont des traîtres qui vont vendre le pays à l'étranger. Et ces deux paroles raisonnent toutes deux dans la tête du turc moyen. Nous sommes dans une double légitimité permanente, celle des gardiens de la révolution kémaliste qui ont raison de dire qu'ils sont les héritier de Mustafa Kemal (10) et de défendre la République comme ils le font et celle du gouvernement conservateur qui représente la majorité paysanne. La Turquie doit elle donc trancher cette contradiction, peut elle le faire sans violence, est elle capable de regarder son histoire en face sans remettre en cause l'essentiel de son model ? Rien n'est moins sur.
La situation d'aujourd'hui est en revanche plus simple que celle d'hier car les deux acteurs politique majeurs que sont l'armée et les masses paysannes conservatrices sont toutes deux d'accord sur un certain model à la fois libéral au sens moderne (c'est à dire néolibérale) et du côté d'un pouvoir fort. En revanche, beaucoup de choses les séparent encore. La religion en premier lieu puisque ces masses sont croyantes (même si la pratique est très inégalement répartie) alors que l'armée, pour ne pas ouvrir une guerre religieuse cache son athéisme évident derrière une laïcité radicale.
La Turquie est donc un problème, elle ne rentre pas dans les cases, elle n'a pas fait sa psychanalyse. Je ne prétends pas ici la faire, j'essaye simplement de faire comprendre que la synthèse est compliquée. La France a connu une telle situation mais elle a eu tout le loisir de le régler en deux siècles où le problème ne se posait pas de la même manière puisque les acteurs politiques avaient un pouvoir quasi absolu sur l'Etat nation. La Turquie pourrait elle alors entrer dans l'union européenne et doit elle le faire alors qu'elle n'a pas réglé son problème ? Je pense non seulement qu'elle doit le faire mais que c'est la seule solution pour que la Turquie conserve son model original. Je me place cette fois ci non plus dans la position du simple analyste mais de celui qui a choisi son camp, celui de Mustafa Kemal. La Turquie doit entrer dans l'Union européenne car c'est l'orientation qu'elle a prise il y a un siècle, quitter les ténèbres pour aller vers la lumière. Sortir du moyen orient, dessiner les nouvelles cartes de l'Europe de demain pluriculturelle, républicaine et laïque. Je sais bien qu'aujourd'hui ce que je dis est illusoire mais je vais terminer ce texte par une traduction personnelle d'un discours à la jeunesse de Mustafa Kemal qui me rend optimiste :
La jeunesse turque est propriétaire et gardienne de la révolution et de la République. C'est elle qui a le plus cru en ses valeurs et en leur justesse. Elle a accepté le nouveau régime et les révolutions. S'il voit la moindre chose qui peut remettre en cause cela il ne dira pas : "ce pays a une police, une armée, une gendarmerie, un système judiciaire, on ne peut rien faire". Il prendra à la main une pierre, un bâton, une arme quoi qu'il trouve pour défendre sa république et sa révolution [...]. (11)
Mustafa Kemal Atatürk
Bursa, 5 Février 1933
Türk Genci, devrimlerin ve cumhuriyetin sahibi ve bekçisidir. Bunların gereğine, doğruluğuna herkesten çok inanmıştır. Yönetim biçimini ve devrimleri benimsemiştir. Bunları güçsüz düşürecek en küçük ya da en büyük bir kıpırtı ve bir davranış duydu mu, "Bu ülkenin polisi vardır, jandarması vardır, ordusu vardır, adalet örgütü vardır" demeyecektir. Elle, taşla, sopa ve silahla; nesi varsa onunla kendi yapıtını koruyacaktır.Mustafa Kemal Atatürk
Bursa, 5
Şubat 1933
(1) Les turcs sont plus clairs de ce point de vue là puisqu'on parle en turc de "Kürt sorunu" qui signifie problème kurde
(2) Qui a d'ailleurs massacré aussi au nom de la révolution française mais la comparaison avec les jeunes turcs s'arrête là
(3) Car n'oublions pas que le massacre des arménien n'est pas un acte de guerre, il ne peut pas l'être. Tous les arméniens qui ont été tués étaient des citoyens ottomans, il s'agit donc d'une guerre civile entre les citoyens d'un même pays ou l'un dispose de tous les pouvoirs militaires.
(4) Le Turquie est alors occupée au sud par les français, à l'ouest par les grecs, les arméniens créent une éphémère République arménienne à l'est, Istanbul est occupée par plusieurs armée européenne, l'armée officielle est défaite et ses dirigeants son en exil et l'ancien sultan est rétabli sur le trône.
(5) Prendre le terme nationalisme comme on l'entend aujourd'hui serait un anachronisme
(6) Cette vision n'est pas négative, il ne s'agit pas de comparer le Kemalisme au Stalinisme
(7) (on parle des deux phases du Kemalisme, la phase libérale sur le plan économique (congrès d'Izmir de 1925) puis de la phase planificatrice voire communisante (dès les années 1927 passage à une économie planifiée)
(8) Le congrès des historiens de 1930 établira que les turcs descendent des hittites qui sont un peuple indo européen et anatolien alors que le turc est en réalité une langue altaïque et asiatique.
(9) Ici le terme européenne renvoi à la France
(10) En réalité ils sont aussi héritier des Comité Union et Progrès
(11) Traduction personnelle donc approximative
 

 

Publié par emirdeniz à 00:54:42 dans Europe | Commentaires (1) |

Yougoslavie : la fin d'un mythe | 22 mai 2006

En annonçant qu'elle ne reconnaîtrait les résultats du référendum sur l'indépendance qu'en cas de victoire claire et en sous entendant que l'UE pourrais discuter avec le Monténégro avant de discuter avec la Serbie, l'Union Européenne a favorisé la victoire du oui au référendum sur l’indépendance du Monténégro. D'ailleurs la plupart des éditorialistes considèrent aujourd'hui que c'est une bonne chose que le Monténégro se sépare de la Serbie, comme ce serait une bonne chose que le Kosovo soit indépendant. C'est regarder le problème par le petit bout de la lorgnette.
Cette politique qui pousse à l'éclatement d'ensemble régionaux cohérents ne pourra évidement que créer de nouveaux problèmes dans cette région de l'Europe qui en connaît  déjà tellement. C'est donc le sixième état qui est né avec ce référendum dans une région plus petite que la France après la Croatie, la Slovénie, la Macédoine, la Bosnie (elle-même séparée en deux), la "Yougoslavie maintenue" (bientôt séparée en trois). Ce processus d'éclatement a sans doute des causes endogènes, le nationalisme exacerbé dans chacune des communauté, l'absence de projet politique mobilisateur après le communisme, mais nous ne pouvons pas sous estimer ces causes exogènes que sont la lutte d'influence que se livrent les puissances environnantes (notamment la Turquie pour les populations musulmanes ou turcophones), les grands pays européens ainsi que les Etats Unis et la Russie depuis des siècles. C'est l'Allemagne qui a ouvert le bal en 1991 avec la reconnaissance de la Croatie comme un Etat souverain sans que la communauté internationale ne soit consultée à ce sujet. Les autres ont suivi.
Nous ne pouvons, en tant que progressistes que dénoncer cette volonté de faire éclater cette fédération qui portait en elle un rêve et qui au fond a fonctionné bon gré mal gré pendant près d'un siècle et même plus si on considère l'autonomie des provinces yougoslaves sous l'empire ottoman. Ce rêve, c'est au fond le rêve européen de voir vivre à l'intérieur d'un même espace politique des gens de langue, de religion, et parfois de culture différente. Contrairement à l'URSS Stalinienne qui posait clairement l'URSS comme un Etat russe en exacerbant la culture slave, la Yougoslavie de Tito au contraire faisait attention de ne pas mettre une culture au dessus d'une autre et s'adressait aux citoyens yougoslaves en tant que sujet politiques et pas en tant que descendant d'on ne sait quel peuple.
La fin du mythe yougoslave marque donc avec elle aussi et malheureusement la fin d'une certaine idée de l'Europe et au lieu de libérer les peuples, les renfermes dans ce qu'ils ont de plus mauvais en eux, le nationalisme, c'est à dire les futures guerres européennes.

 

Publié par emirdeniz à 12:06:40 dans Europe | Commentaires (1) |

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