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Les taxis de la marne | 07 février 2008

La profession de Taxi est tout à fait particulière. Pour en avoir fréquenté quelques uns à Paris, j'ai remarqué que le profil socio-politique des chauffeurs de taxi ne ressemble pas à celle des autres professions artisanales. Plutôt self-made-men comme d'autres artisans, ils ont ceci de particulier qu'ils reçoivent dans leurs véhicules des gens plutôt plus aisés qu'eux. Contrairement à d'autres professions également, ils sont souvent sympathiques, contents de vous transporter au lieu où vous souhaitez aller.

Enfin, la particularité de cette profession à Paris est de concentrer une très grande proportion d'étrangers ou de français naturalisés, ce qui en fait parfois des lieux exotiques de part leur décoration intérieure et la musique d'ambiance afro-antillaise qu'on peut parfois écouter. Tout ceci relève peut être de la caricature mais une chose est vraie. Les taxis ont réussit en une seule journée à faire reculer le gouvernement sur une non-proposition d'un rapport informel d'une personnalité bien connue qu'est monsieur Attali.

Ah qu'ils ont de la chance ces experts, ils ne risquent rien. Ce sont les maires et conseillers généraux UMP qui vont tout prendre pour eux lors des prochaines élections municipales. J'ai même entendu dire que certains d'entre eux refusaient désormais de rouler des élus de l'UMP. Il vaut donc mieux dans notre pays être un expert que d'avoir le courage d'affronter le suffrage universel. Mr Attali sera bientôt oublié comme Mr Camdessus et d'autres avant. Il écrira des livres où il expliquera pourquoi la politique de Nicolas Sarkozy a échoué faute de l'avoir écouté.

Si les taxis de la Marne ont réussi à sauver la France en 1914, pourquoi ceux de Paris ne pourraient-ils pas sauver la gauche aujourd'hui ?

Publié par emirdeniz à 11:35:06 dans France | Commentaires (2) |

Service minimum : comment l’Etat organise le bris de grève… | 30 janvier 2008

Par Nicolas Sacco

C'est un serpent de mer vieux de quarante-cinq ans. La droite cherche à tous prix à limiter l'exercice du droit de grève des fonctionnaires. Le service minimum à l'école est sans doute le coup le plus vicieux porté par un gouvernement à l'exercice du droit de grève.

Démonstration en deux actes.

Prologue : quand De Gaulle mangeait son képi

En 1963, face à la grève des mineurs, De Gaulle signe un décret de réquisition des mineurs qui est accueilli de la seule manière possible : par le mépris. Les mineurs poursuivent le mouvement. Le général mange son képi. Les gouvernements de droite prennent acte qu'il est impossible de lutter contre une foule en colère. Les Français soutiennent les grévistes et l'on n'imagine pas l'armée tirer sur la foule.

Acte I - 2008 : l'organisation du bris de grève

Sarkozy a retenu la leçon. Ministre de l'Intérieur, il a commencé, dès les grèves de 2004 contre la loi Fillon sur les retraites et l'acte II de la décentralisation, à préférer le pourrissement, à réutiliser des agents provocateurs, ces policiers en civil infiltrant les manifestants. Et les défilés pacifiques de se transformer comme par enchantement en groupes violents incontrôlables devant les caméras de télévision...

Il franchit désormais le Rubicon et organise le bris de grève. Les enseignants en grève sont remplacés au mieux par des animateurs, au pire par quelques agents municipaux sans qualification, employés par les communes, les frais étant compensés par l'Etat grâce aux traitements retenus pour fait de grève.

Le droit de grève, protégé par la Constitution (préambule de 1946), est bafoué. Un employeur privé recourant à cette méthode serait condamné par la chambre sociale de la Cour de Cassation. Ne parlons pas des Etats-Unis ou du Canada où le juge poserait immédiatement les scellés sur les écoles. La protection du droit de grève n'est pas forcément la plus forte là où l'on croit...

Acte II - Et maintenant ? Les maires de gauche dans la tourmente...

Le calcul est diabolique. Alors que la poignée d'usagers en colère en appelait à l'Etat sur sa compétence (l'éducation), elle se tournera vers les communes. A elles de répondre aux problèmes de garde d'enfants ! Et tant pis pour les maires de gauche qui refusent de se transformer en briseurs de grève : ils auront à affronter la grogne des usagers quand les enseignants se plaignent de la politique de l'Etat.

Coup double ! La politique de casse du service public d'éducation est payée par les élus de gauche...

Mais, non, il ne faut pas voir le mal partout...

A bon entendeur

 

Publié par emirdeniz à 10:11:23 dans France | Commentaires (0) |

Michel Rocard et le tropisme social-démocrate | 15 janvier 2008

Michel Rocard a écrit une tribune aujourd'hui dans le journal Libération qui mérite d'être lue même si, pour l'essentiel, il reprend une théorie qu'il a déjà exposé depuis longtemps concernant les deux gauche et une « majorité réformiste » qui s'en dégagerait.

Je ne reviendrais pas sur ces propos les plus médiatisés qui ne concernent qu'une partie infime de cette tribune mais qui a servit d'effet marketing pour de journalistes parisiens qui utilisent les batailles internes du PS pour boucler leurs fin de mois.

Selon cette théorie, ces deux gauches seraient l'une sociale démocrate, orientée vers une économie de marché régulée, même si le terme de régulation n'est pas utilisé en tant que tel, nous y reviendrons ; et une autre gauche antilibérale qui refuserait l'économie de marché et qui serait anti-européenne. Ce schisme (pour utiliser un terme religieux) de la gauche serait merveilleusement illustré par le référendum de mai 2005 sur la constitution européenne.

C'est ici que se trouve la première contradiction. En effet, les électeurs de gauche et même les électeurs socialistes ont voté majoritairement pour le non lors de ce référendum. Dire que ce schisme serait insurmontable signifie que la gauche est condamnée à être divisée entre une minorité (qui a voté oui) qui dirigerait une majorité (qui a voté non) qui se cantonnerait à un rôle de contestation.

Cette analyse est aujourd'hui partagée par de nombreux éditorialistes parisiens du monde à libé en passant par le nouvelobs et donc par une majorité de sympathisants socialistes. Cette théorie des deux gauches est fausse pour de nombreuses raisons. D'abord concernant la constitution européenne, de la même manière que le non n'était pas majoritairement un vote anti-européen, le oui n'était pas non plus un vote pro-libéral. Il y avait dans le oui de gauche des éléments critiques qui, s'ils ont du être cachés pendant la campagne pour des raisons électorales s'entendaient dans les discours entre militants. Les arguments étaient davantage tournés vers les maigres avancées du texte en matière de gouvernance que vers la nécessité inéluctable d'accepter le marché comme mode de régulation en dernière instance.

On voit donc bien que l'analyse simpliste d'un oui pro-marché et d'un non anti-marché ne tient pas. Secundo, l'analyse de monsieur Rocard nécessite que les partisans du non, ou bien encore ce qu'on appelle traditionnellement « l'aile gauche » du PS seraient majoritairement contre l'économie de marché. Or, jamais aucun dirigeant socialiste, de quel courant qu'il soit n'a jamais dit qu'il était contre l'économie de marché depuis Jean Pierre Chevènement dans les années 70. Les socialistes, dans leur ensemble sont pour l'économie de marché. Il n'y a d'ailleurs qu'à voir la manière dont ils ont géré le pays depuis 1981 pour se rendre compte que les chars soviétiques n'ont jamais défilé sur les champs Elysées. Alors pourquoi utiliser de telles absurdités comme arguments ? Tout simplement pour faire peur à la base du PS, majoritairement sage et pas aventurière et lui faire croire qu'un PS ancré à gauche signifie un retour aux « vieilles lunes » socialistes. Quels sont d'ailleurs ces vieilles lunes ? Les nationalisations ? La régulation économique ? L'importance de l'éducation nationale ?

Sur ces trois points qui pourraient faire clivage et en particulier sur le premier l'histoire récente nous a montré que bon nombre de ces privatisations ont été nuisible à l'intérêt des français. Par exemple, la privatisation d'Elf dans TOTAL a donné un géant énergétique qui prend d'abord en compte son intérêt financier plutôt que de penser au pouvoir d'achat des français qui ont besoin de se déplacer pour aller travailler.

Tout cela relève donc de la manœuvre politique. Si j'étais paranoïaque, ce que je ne suis pas, je dirais du complot contre la gauche.

Je prétends au contraire que la gauche a une capacité à se renouveler, à avoir des idées, et même à gagner tout en restant à gauche. Et cela pour plusieurs raisons. La première est la capacité plastique du Parti Socialiste en termes d'orientation politique. En effet, le PS a été capable en deux décennies de dire quelque chose puis son contraire en fonction des aléas politiques. Il est donc capable de trouver une orientation politique et de s'y tenir pour peut qu'il se mette réellement à travailler. La seconde c'est qu'en réalité, cette division est largement artificielle et que lorsque je discute avec des personnes plutôt « à droite » du PS, peu de mesures prises unes à unes ne nous distingueront de manière inconciliable si ce n'est le degré que nous mettrons chacun dans nos réformes. La troisième, c'est que malgré Michel Rocard, et malgré la propagande sociale libérale de certains depuis des années, le Parti Socialiste ne renoncera pas contrairement au New Labour et au SPD à la notion d'égalité. C'est en effet cette notion qui fera qu'un socialiste restera toujours progressiste et qu'il ne confondra pas amélioration des retraites avec mise à plat du système par répartition, amélioration de l'Europe et libéralisation à tout craint, amélioration des relations sociales et pouvoir au patronnât.

Car enfin, comme l'a dit le grand Jaurès, la gauche française, comme le peuple français n'est pas schismatique, elle est révolutionnaire.

Publié par emirdeniz à 15:45:22 dans France | Commentaires (2) |

Etudiants, poils aux dents ! | 14 novembre 2007

La fibre révolutionnaire

J'hésite ici entre un article romantico-nostalgique et un article très politique tant le nouveau mouvement étudiant contre la loi d'autonomie des universités m'inspire les deux sentiments à la fois. Romantique d'abord, ce mouvement l'est, justement, par son caractère politique. Les mouvements étudiants sont en général beaucoup plus politisés que les mouvements de salariés du fait de la faiblesse du fait syndical mais surtout de l'enthousiasme de l'âge. On passe vite du « non à l'autonomie» au « tout est possible » et le fait que la lutte soit en réalité gratuite dans la mesure ou ceux qui en bénéficierons seront les étudiants qui arrivent et moins ceux qui sont là, donne un caractère révolutionnaire à ces mouvement. Politique aussi, ce mouvement l'est par ce qu'il porte en creux, un affrontement générationnel doublé d'une lutte de classe. Depuis le CPE, on voit bien comment la jeunesse française qui est la première génération réellement sacrifiée dans la mesure où leurs droits seront probablement moins importants que ceux de leurs parents résiste à cette idée que le progrès serait stoppé, que le temps irait maintenant dans le sens inverse, et que seuls les « hommes blanc de 50 ans » pourraient s'en sortir aujourd'hui.

Politique enfin dans ce qu'il a de revanche par rapport à Nicolas Sarkozy qui a été élu avec « les voix des vieux » car si on enlevait les 65 ans et plus, la gauche serait au pouvoir aujourd'hui. Il y a donc une forme de 3ème tour social dans ce mouvement.

La misère étudiante

Si cette dimension est importante, il faut tout de même souligner que dans un rapport de force c'est avant tout la réalité qui est prise en compte par les acteurs de ce rapport de force. Cette réalité c'est depuis des années, la misère étudiante. Lorsque le pouvoir d'achat général diminue, ce sont toujours les plus pauvres qui sont touchés en premier lieu. Les étudiants font partie de ces plus pauvres, leur pouvoir d'achat diminue d'année en année alors que le nombre moyen d'années d'études ne cesse d'augmenter. Si on y ajoute la difficulté à trouver un emploi stable et l'idée que notre génération sera à la retraite dans son cercueil, on a la un cocktail social explosif qui pourrait avoir des conséquences pour ce gouvernement aussi.

Enfin, le danger est également dans cette obstination de la droite à vouloir libéraliser l'enseignement supérieur et à en faire une marchandise comme une autre, mettant de côté la dimension essentielle de formation du citoyen, c'est-à-dire l'individu politique, qu'ont les universités dans les sociétés modernes.

Comme le disait Henri Emmanuelli à l'Assemblée Nationale pendant le mouvement sur le CPE : « Vous devriez vous souvenir que la caractéristique de la jeunesse, c'est d'avoir du temps devant et de l'espoir au-dedans. Vous voulez assombrir son espoir : elle écourtera votre temps.»

Publié par emirdeniz à 10:59:44 dans France | Commentaires (0) |

Vous n’imaginez pas tout ce que l’OMC peut faire pour vous | 17 septembre 2007

Automobile, la catastrophe annoncée --

Pourquoi faire un article sur le secteur automobile ? L'actualité n'en parle que peu, le secteur, même s'il faiblit, constitue encore une des principales sources d'exportations de notre pays et notamment de notre région. Si nous écrivons cet article, c'est que la réalité est bien plus catastrophique que ce qu'on nous dit, et que ce secteur annonce, si on continue comme ça, ce que sera l'avenir de l'Europe de l'Ouest dans quelques années.

Il parait, selon monsieur Védrine (rapport sur la mondialisation commandé par Sarkozy), que la France serait plutôt bénéficiaire dans la mondialisation libérale, on ne l'avait pas remarqué. Avec une moyenne de croissance de moins de 2% depuis vingt ans et quatre millions de chômeurs réels, il faut espérer qu'il a reçu une belle somme pour raconter de telles absurdités. Regardons de plus près ce qu'est la réalité du secteur de l'automobile qui est un bon exemple de ce que la mondialisation libérale produit comme catastrophes industrielles et humaines.

Délocalisation

Pour la première fois cette année, le nombre d'automobiles françaises produites en France est inférieur au nombre d'automobiles françaises produites hors du territoire national. En 2006, le nombre d'automobiles fabriquées en France a diminué de 10% alors que la production mondiale s'est accrue de 4% (Insee). Evidemment, il peut y avoir des raisons d'ordre commercial ou technologique mais la réalité est que la politique monétaire européenne et le dumping social et fiscal des pays de l'Est est de plus en plus important. En effet, alors que nous avons cette situation en France, la production dans les PECO (Pays d'Europe Centrale et Orientale) a cru de 30% entre 2000 et 2006 (Insee). Certes, il faut que ces pays se développent, mais on voit ici que ce développement se fait clairement au détriment des pays de l'Europe de l'Ouest. Au lieu de ce nivellement par le bas, il aurait fallu, bien avant l'entrée de ces pays dans l'UE, leur proposer un plan de rattrapage comme ce fut le cas pour l'Espagne et le Portugal. La question de la politique de change est elle aussi fondamentale, le Yen a perdu 40% de sa valeur entre 2000 et 2006, le dollar 30%. Cela signifie qu'une automobile qui coûtait 10 000 $ à produire en 2000, va coûter 13 000$ comparé à une voiture produite aux Etats-Unis et 14000 $ comparé à une voiture produite au Japon.

Des pertes d'emploi massives

Ceci a évidement des conséquences en termes d'emploi. Entre 2001 et 2006, 28 000 emplois salariés ont été perdus chez les constructeurs et équipementiers en France. Sur la seule année 2006, 9 000 emplois ont été supprimés, dont la moitié pour les seuls constructeurs. La France n'est évidement pas la seule touchée puisque depuis 2000, 117 000 emplois ont disparu dans la filière automobile européenne dont 70 000 depuis 2004. Les effectifs ont baissé de plus de 20 % au Danemark, aux Pays Bas, au Portugal et en Grande Bretagne. Cela ne va pas s'arrêter puisqu'entre 2006 et 2009, un nouveau plan de restructuration devrait entraîner la perte d'environ 100 000 emplois chez les constructeurs et équipementiers européens (Etude Euler Hermes SFAC).

La Lorraine, particulièrement touchée

L'Europe est la seule zone du monde qui choisi volontairement d'avoir une politique monétaire qui privilégie l'épargne face à l'emploi et à la croissance. La situation des équipementiers est encore plus catastrophique. Dans notre région même, on se souvient de la fermeture de Ronal à Saint-Avold (167 emplois), GKN Driveline à Florange (220 emplois) ou encore les difficultés de TRW à Bouzonville et même de la SMART qui devait être un des fleurons de notre industrie automobile et dont l'avenir est incertain. Alors, continuons comme ça, à penser que la mondialisation libérale est « globalement positive », continuons à déréguler le marché mondial sans aucun contrôle avec notre camarade Pascal Lamy (Directeur Général de l'O.M.C), et ne nous étonnons pas alors que les peuples se révoltent, ou désespèrent. Si l'Europe était moins dogmatique, elle aurait compris qu'on ne peut pas être les seuls à ne pas protéger certains de nos marchés (en mettant en place un tarif extérieur commun à l'U.E), et ce, autant pour des raisons sociales (délocalisations) qu'environnementales.

Emir Deniz

Publié par emirdeniz à 15:21:06 dans France | Commentaires (1) |

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